Les origines du Karaté-Do (la voie de la main vide)

Bodhidharma

Le Karaté tient ses origines de l’inde. Il y a plusieurs siècles, Bodhidharma, patriarche du bouddhisme et fondateur présumé de la méthode du Kung-fu de Shaolin, fut le pionnier des arts martiaux lors de son exil en Chine.

Lîle d'Okinawa

Mais c’est bien plus tard que l’histoire du Karaté commence à se préciser.

Situé entre le sud du Japon et l’île de Taïwan, l’archipel des Ryu-Kyu a connu une histoire mouvementée.

Occupés successivement par les Chinois puis par les Japonais, après que ces derniers interdirent toutes armes blanches, les habitants d’Okinawa, l’île principale, développèrent une méthode de combat inspirée du Kung-Fu. Grâce notamment au commerce établi avec la Chine, certains okinawaiens s’installèrent dans ce pays et peu à peu s’enrichirent des techniques de combat à mains nues. De retour dans leur pays, ils avaient acquis une profonde connaissance des arts martiaux et purent survivre aux attaques incessantes des envahisseurs.

Transmis en secret jusqu’au XIXe siècle, cet art fut introduit en 1905 dans les écoles secondaires de l’île. C’est seulement en 1936 que les maîtres d’Okinawa décidèrent d’adopter le terme de Karaté.

Dans le même laps de temps, dans la petite ville de Naha, située au sud de l’île, fut développé le style Naha-te qui pris ensuite le nom de Goju-Ryu.

Le style Goju-Ryu

Le Goju-Ryu est actuellement un des styles de Karaté les plus importants et les plus répandus au monde.
D’origine okinawaienne, il fut fondé dans les années 1920 par le Maître Chojun Miyagi (1888-1953).
Né d’origine noble le 25 avril 1888 à Naha, capitale d’Okinawa, il débute à l’âge de 9 ans, comme élève de Maître Higaonna, leader incontesté du style Naha-te.

Quelques années plus tard, ce sera également pour lui, tradition oblige, le retour à la source chinoise : ainsi que l’avait fait son propre maître autrefois.
Miyagi (son véritable nom okinawien est Miyagusuku, Miyagi étant le dérivé nippon) se rend une première fois sur le continent pour y étudier diverses formes de Kempo mais aussi, chose déterminante pour la suite, y découvrir le Bouddhisme-Zen.
C’est sous la tutelle du Chinois Wo Lou-Kin (connu à Okinawa sous le nom de : Ryu Ryoko qu’il se perfectionne. Ce déplacement dans la province de Fou-Kien eut probablement lieu entre 1904 et 1908. En mai 1915, Miyagi se rend à nouveau en Chine accompagné de Kenki Go (alias Yoshikawa : 1886 – 1940). Pendant deux ans, jusqu’en juillet 1917, les deux hommes vont pratiquer avec les successeurs de Wo Lou-Kin. D’origine chinoise, Kenki Go est un expert du style chinois Pai-Ho-K’iuan (Boxe du Héron Blanc, en japonais : Hakutsuru-Ken) et il est dit que son influence sur l’élaboration du Goju-Ryu ne fut pas négligeable.

De retour à Okinawa, Chojun Miyagi travaille aux bases de ce qui deviendra son propre style, codifiant notamment le kata Sanchin et plus tard, le kata Tensho, issu de Sanchin et de la forme Rokkishu que lui avait transmis Kenki Go, et combinant ses techniques avec les principes respiratoires, qu’il découvrit en Chine, lors, en particulier, de la pratique de la méditation bouddhique.

Miyagi devint peu à peu un homme très robuste. Il n’était pas grand mais trapu et d’une solide constitution. Ses anciens disciples se souviennent en particulier de son regard pénétrant, de son calme à toute épreuve et de son sourire qui cachait une grande modestie. On a dit de lui qu’il avait le corps d’un taureau et l’esprit d’un saint. Et aussi qu’il vécut pour son art, et qu’il n’a jamais blessé personne. On rapporte également certaines de ses prouesses physiques mais on ne trouve nulle trace de combat ou de défi relevé par Miyagi.

Son humilité était telle que, déjà considéré comme grand maître de Karaté des Ryu-kyu, style Naha-te, il n’hésita pas à rendre visite au vieux maître Itosu pour le prier de lui enseigner le style Shuri-te. Itosu ne le voulut pas, s’étonnant d’ailleurs qu’à son niveau il éprouve encore le besoin de s’adresser à lui, mais lui expliqua cependant les théories de son propre style, ce dont Miyagi fera plus tard état dans son enseignement (ainsi dans les katas gekisai ichi et ni, où il combine des formes Shuri-te et des formes Naha-te).

En 1924, au faîte de sa notoriété dans l’île, Miyagi se trouve dans le public qui assiste à la première démonstration de judo faite par Maître Jigoro Kano et l’un de ses plus proches disciples, Nagaoka.

Les Okinawaiens, frappés par la capacité d’endurance des deux Japonais, demandèrent à Miyagi s’il était capable de réaliser la même performance physique. Ce que ce dernier finit par accepter de démontrer ; les journalistes présents à la scène en firent une relation enthousiaste : la démonstration impromptue de Miyagi fut un véritable festival de techniques de saisies, de luxations, de projections, de sauts, de casse, etc. Il aurait, notamment, écorcé un arbre de ses mains nues et défoncé la tôle d’un jerrican d’un seul coup de son gros orteil… Miyagi conclut en affirmant que n’importe qui arriverait aux même résultats en étudiant sérieusement la technique du Karaté.

En 1926 il fonde l’association « Okinawa Karaté Jutsu Kenkyu kai » qu’il dirige avec les maîtres Chomo Hanshito, Kenwa Mabuni qui fut le fondateur de l’école Shito-Ryu en 1929 et de Choyu Motobu.

Mais le nom de Goju-Ryu, sous lequel sera popularisé son style, n’apparaît que plus tard, et d’une manière quasi fortuite.

Ce fut en 1928. Cette année-là fut organisé à Kyoto un grand rassemblement budo dans le cadre de la « Dai Nippon Butokukai », grande association regroupant les arts martiaux du Japon.
Miyagi, ne pouvant se rendre lui-même à cette manifestation, désigna l’un de ses meilleurs élèves, du nom de Shinsato et que se serait ce dernier qui eut l’idée de rebaptiser le style de son maître : en effet, très ennuyé lorsque les Japonais lui demandèrent le nom de son école, Shinsato, lui donna spontanément le nom de Hanko-ryu (l’école « mi-dure ») ce qui fut par la suite approuvé par Miyagi, qui changea cependant définitivement le nom en Goju-Ryu en 1929 (école de Karaté alliant la force, « go », à la souplesse « ju »), en se basant sur un vers extrait du célèbre ouvrage chinois "le Bubishi" : « Tout dans l’univers respire dur et doux ». Selon d’autres sources, c’est Miyagi en personne qui se serait déplacé à Kyoto lors de cette fameuse démonstration.

Le nom de Goju-Ryu sera officiellement enregistré en 1933 au Butoku-Kai grâce au premier disciple japonais de Miyagi : Gogen Yamaguchi.

Il est toutefois certain que Miyagi vint au Japon en 1928 et qu’il enseigna son art à l’Université Impériale de Kyoto ; puis, en 1932, on le trouve instructeur de Karaté à l’université Kansai d’Osaka. En 1934, il part enseigner à Hawaï, après les experts Zuiho Mutsu et Hamesuke Higaonna, mais retourne définitivement à Okinawa dès 1935. C’est là qu’il établit officiellement son Association de Karaté Goju-Ryu en 1952, un an seulement avant sa mort. Maître Chojun Miyagi disparaît le 8 octobre 1953, à Ishikawa, âgé de 65 ans. Le style Goju-Ryu éclata presque aussitôt en deux grandes branches quasi rivales : l’okinawaienne et la japonaise...

La branche japonaise

C’est ensuite Gogen Yamaguchi (1909–1989), surnommé « le Chat », qui dirigera la branche japonaise du Goju-Ryu. Il rendra cette école célèbre dans le monde entier.

Né le 20 janvier 1909 à Kagoshima, il débute l’art du sabre à l’âge de 6 ans. Un peu plus tard, il fait ses premiers pas en Karaté sous la tutelle d’un charpentier originaire d’Okinawa nommé : Maruta. C’est grâce à lui qu’il découvre sa passion pour cet art martial.

En 1931 il s’installe à Tokyo et une année plus tard, il rencontre Chojun Miyagi avec qui il noue un contact remarquable. Yamaguchi qui pratique le Karaté depuis plus de dix ans, maîtrisa rapidement les bases du Goju-Ryu.

Entre 1935 et 1937, Yamaguchi rejoindra Miyagi à Okinawa. Il aura alors accès à l’essence même du Goju-Ryu et étudiera plus en profondeur la science du kumite (combat). A partir de ce moment là, Miyagi fera de Yamaguchi son représentant officiel pour le Japon « continental ».

Pendant la deuxième guerre mondiale, Yamaguchi se retrouve en Mandchourie dans les services secrets. C’est en 1947 qu’il rentre au Japon où il se consacrera entièrement au développement de la Nihon-Karaté-Goju-Kai (Association Japonaise de Karaté Goju). Quelques temps plus tard, il quitte malgré lui cette association et fonde sa propre organisation avec l’aide de ses quatre enfants.

Gogen Yamaguchi disparaît le 21 mai 1989. Il laisse derrière lui une organisation gigantesque qui au fil des années perdra de son ampleur.

La JKF Goju-Kai (Japan Karate Federation Goju-Kai)

De nos jours, Il existe trois branches principales qui sont : la branche okinawaienne (Okinawa Goju-Ryu), la branche japonaise (Nihon Goju-Ryu) et la branche américaine (U.S. Goju-Ryu).

Au Japon, c’est la JKF Goju-Kai (Japan Karate Federation Goju-Kai) qui regroupe la majeur partie du style Goju-Ryu. Elle est également très répandue en Europe et dans le reste du monde.

Elle est la référence au niveau mondial pour les katas de compétition (Shitei-gata : Saifa et Seipai) lors des compétitions organisées par la FMK (Fédération Mondiale de Karaté).

 

 

 

Stage à Londres avec les Maîtres de la JKF Goju-Kai

Les Katas du style Goju-Ryu

Le mot Kata signifie la forme ou le principe. C'est en somme le dictionnaire des techniques du style que l'on pratique et c'est lui qui nous permet de continuer la tradition. C'est un exercice codifié qui simule un combat contre plusieurs adversaires imaginaires. Chaque kata enseigne des techniques et des tactiques différentes afin de perpétuer et de garder en mémoire la stratégie de combat du style.

Cependant, le kata s'exécute seul et si les bénéfices spirituels, physiques et techniques de cet exercice ne sont plus à démontrer, le risque est grand de s'égarer dans l'utopie si la technique du kata n'est jamais confrontée au réalisme du combat. Dès lors, appliquer les mouvements du kata comme des situations de combat ou d'agression est indispensable à la maîtrise technique et à la compréhension des intentions profondes du concepteur de ce kata. C'est le rôle des bunkai, terme qui signifie application.

Le kata est la source, le kihon permet d'affiner la technique, le bunkai nous éclaire sur l'utilisation des enchaînements. Au bout de la chaîne, le kumite se construit et se perfectionne grâce à un judicieux assemblage de kata, kihon et bunkai. Quand la gestuelle est maîtrisée, le kata étant immuable, c'est la richesse du kihon, mais surtout des bunkai qui reflète le niveau atteint par le karatéka.

Le style Goju-Ryu comprend 12 Katas, dont 9 furent ramenés de Chine par Kanryo Higaonna: Saïfa, Seiyunchin, Shisochin, Sanseru, Sepaï, Kururunfa, Sesan et Suparimpei sont des katas de combat, tandis que Sanchin est un kata pédagogique et énergétique. Chojun Miyagi a modifié ce dernier le rendant encore plus simple.

Chojun Miyagi inventera 2 katas de combat pour les débutants, Gekisaï Daï Ichi, Gekisaï Daï Ni et transformera un kata apprit lors de ses séjours en Chine, Rokkishu, qu'il appellera Tensho.

Il est dit que Sanchin est le début du karaté et Tensho la fin...

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